Dans la panique de l’épidémie les communicants ont frappé fort. Le mot quarantaine à été improprement utilisé. Retraite forcée, claustration, réclusion, isolement, confinement, prison domiciliaire étaient évidemment très politiquement incorrects.
La distanciation au sens brechtien, c’est ce qui permet le recul critique par rapport au drame. Prenons les au mot. L’épidémie dans la littérature est révélatrice des failles individuelles et sociales. C’est donc un devoir citoyen que de porter un regard critique sur le pouvoir et sa pratique dans la dernière période.
Au-delà de l’écume des jours, les effets d’annonce des ventriloques de l’ultralibéralisme, des rodomontades de l’ultra droite, nous devons faire le constat de leur incompétence, de leur ignorance, de leur incapacité élevé au rang de doctrine. Nous avons un parfait exemple en France où la pénurie de masques a motivé le pouvoir à déclarer qu’ils n’étaient pas indispensables. Au florilège pathétique, il ne faudra pas oublier l’autre qui parlait d’une grippette ou celui-là encore qui suggère des injections de désinfectant.
Ces individus ne tombent pas du ciel. Ils ont été élus, après avoir été plébiscités par les médias à la main de l’oligarchie. Ces fondés de pouvoir du capitalisme usent d’une large palette pour subvertir le peuple et maintenir l’ordre en place. Cela va de la vulgarité, au mépris de la science, à l’infantilisation, à la répression policière. Autoritarisme, fascisme sont des variables d’adaptation du capitalisme. Les dernières semaines ont permis de remettre en cause une fois de plus les droits des travailleurs et d’avancer dans la généralisation de la société de surveillance, en particulier par les drones et les téléphones cellulaires.
La même idéologie qui a ruiné l’hôpital public veut mettre fin au confinement, renvoyer les enfants dans les écoles pour libérer les parents. Libérer les parents pour qu’ils retournent au travail et produisent de la plus-value.
D’un côté l’état français empoche 100 millions d’euros de contraventions pour non respect du confinement et de l’autre laisse des travailleurs sans protection s’entasser dans les transports en commun.
Le capitalisme est un anti-humanisme, mortifère, et aussi génocidaire quand on considère le Brésil. Une autre preuve nous vient du massacre des innocents. Je veux parler des personnes âgées, des personnes handicapées ou aliénées reléguées dans les institutions à la limite de la visibilité sociale. Cela convoque le souvenir douloureux des dizaines de milliers de morts dans les hôpitaux psychiatriques en France, pendant la guerre sous le régime de collaboration, au Brésil, pendant la dictature militaire. Cela se fait avec la complicité d’un personnel pénétré par l’idéologie du veau d’or économique auquel il faut bien sacrifier les moins performants et que les obèses, les diabétiques, les pauvres n’aient qu’à s’en prendre qu’à eux memes. Le racisme prend le relai en stigmatisant les quartiers populaires, les ghettos, les bidonvilles et prone l’état de siege pour ces zones. C’est déjà le cas au Brésil pour les favelas. En France, la police redouble d’agressions racistes.
Il leur faut trouver des boucs émissaires à l’épidémie dont l’ampleur est le résultat de leurs pratiques antérieures. Dans son rôle de pompier pyromane, le chef d’État français entonne un vocabulaire guerrier et convoque la Résistance.
On n’oubliera pas que c’est le même homme qui a mis à mal le système public de santé et les droits des travailleurs. Dans le même temps, les mesures qu’il a prises ont permis aux actionnaires d’empocher des dividendes records.
On entend déjà les bons apôtres nous annoncer qu’il faudra du sang, de la sueur et des larmes pour sortir de la crise.

Cette épidémie devrait être l’occasion d’une prise de conscience. Pour son futur et celui la planète, le peuple doit reprendre ses affaires en main.

Pierre Devin

Belo Horizonte 26/04/2020